La Gazette

des Comores

Prendre un taxi le soir est devenu un risque

Prendre un taxi le soir est devenu un risque © : HZK-LGDC

A Moroni, une femme sur deux dit avoir peur de monter seule dans un taxi, surtout en soirée. Peur d'une agression physique, d'un attouchement ou d'une avance à caractère sexuel. Cette insécurité est réelle, quotidienne, et elle touche la capitale de plein fouet. Hassane Mhoma, porte-parole de Wusukani wa Masiwa de la capitale, confirme la situation et lutte pour réorganiser la profession livrée au désordre.


L'insécurité est devenue monnaie courante à bord des taxis de la capitale. C'est ce que confirme Hassane Mhoma, porte-parole de la cellule de Moroni de Wusukani wa Masiwa, qui tente d'organiser la profession face à l'anarchie. Pour lui, ce constat est véridique et pour y répondre, sa cellule a mis en place des procédures de protection sociale. D'abord, recenser tout taximan exerçant sur la ligne. « Nous avons organisé une rencontre pour que tous les taximen exerçant sur la ligne de Moroni se connaissent. Aujourd'hui, tout taximan qui travaille dans ce secteur et qui adhère, nous connaissons son identité complète. » Ensuite, identifier, « nous avons fait coller des autocollants sur le pare-brise permettant à la population de reconnaître un taxi de Moroni. Tout est enregistré sur le conducteur. Ce registre permet de protéger nos mères, nos filles, nos épouses. »

 

Un tri qu'il veut rigoureux. Il donne l'exemple d'un ancien détenu venu demander l'autocollant après avoir purgé sa peine. « Nous avons refusé car son ancienne accusation ne répond pas à nos critères humains. Il n'a pas le droit. Mais il roule quand même aujourd'hui », déplore-t-il. Pour Hassane Mhoma le système est volontaire, d’où sa demande, c'est un décret obligeant tous les taximen de Moroni à avoir cet autocollant. A part le fait que l'identité de chaque taximan adhérent est enregistrée dans l'antenne de Moroni, on note également règles de sécurité dont, pas de cigarette, pas d'alcool. « Nous travaillons avec le peu qui ont accepté. Un décret aidera les usagers. » En attendant ce décret, son conseil est direct, « aux femmes, je conseille de ne prendre qu'un taxi dont l'autocollant sur le pare-brise est visible. »

 

Un conseil que beaucoup de femmes appliquent déjà, en mode survie. C'est le cas de cette habitante de Moroni, Moina Hadidja, qui témoigne : « Je ne prends pas de taxi dont je ne connais pas le chauffeur. Et pire encore lorsque le taxi s'arrête sans que je l'arrête, je ne monte pas. Je vérifie s'il y a des personnes que je connais dans la voiture avant de monter. » Cette peur n'est pas une impression. Il ne passe plus une semaine sans qu'une agression ne soit racontée : une main posée sur la cuisse à l'avant, un attouchement non consenti, un mot ou parole qui passe pour une agression verbale. C'est dans ce contexte tendu qu'une affaire récente très médiatisée vient de s'effondrer, prouvant à quel point le sujet est sensible.

 

Pendant des jours, les réseaux sociaux ont parlé d'elle relayant des faits inquiétants : une femme aurait été violemment agressée par un taximan et volée d'une forte somme, avant d'être hospitalisée deux jours au centre de santé militaire. La victime présumée, Echata Mikidadi, originaire de Pidjani ya domba. Présentée à la presse vendredi 7 août par la gendarmerie, a avoué elle-même que tout était faux. Sa voisine, Fatoumia Saïd Mohamed, lui avait confié 500.000 FC à remettre à sa sœur de Dzahadjou, au marché sha mboini de Moroni. Au lieu de s'y rendre, elle dit être allée à Foumbouni régler une dette. « J'ai pris 150.000 FC dans l'enveloppe », a-t-elle reconnu. Sans solution pour justifier le manque à son retour, elle aurait inventé l'agression. « J'ai appelé quelqu'un de mon village pour qu'il le dise à ma voisine. Ensuite, j'ai crié et hurlé. »

 

Conduite au centre de santé par une amie pour une hausse de tension, elle a été entendue par la gendarmerie qui a relevé des incohérences. Elle a finalement restitué 340.000 FC et promis de rembourser le reste, en demandant pardon. L'affaire Echata était fausse. Mais elle a fonctionné parce qu'elle était crédible. Et si une fausse agression peut devenir virale en 48 heures, c'est probablement parce que les vraies, elles, se déroulent tous les jours, en toute impunité.

 

El-Aniou Fatima

 

 

 


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