La Gazette

des Comores

Prison de Moroni : Les soins de Mohamed Moina interrompus pour des raisons financières

Prison de Moroni : Les soins de Mohamed Moina interrompus pour des raisons financières © : HZK-LGDC

Admis à l’hôpital le 12 févier, le prisonnier Mohamed Moina a dû interrompre ses soins médicaux à cause des frais d’hospitalisation qu’il était contraint de régler lui-même, en lieu et place de l’État tel que le concède le ministre de la justice. Plus loin encore, le célèbre prisonnier est sommé de payer la facture de la chambre qu’occupaient les gendarmes qui le surveillaient durant les 67 jours qu’il a passés dans cette clinique privée de la capitale, Moroni. De quoi sortir son avocat de ses gonds.


Sa chambre d’hôpital lui a couté la somme de 670.000 Kmf, à raison de 10.000 par jour. Une facture qu’il a payée lui-même, non sans avoir rechigné car il savait pertinemment que tous les frais d’hospitalisation devaient revenir à l’État. Et ce n’est pas un subterfuge par lequel sa conscience cherchait à échapper à l’emprise de la réalité. C’est tout simplement la réalité. « La prise en charge devait intégralement revenir à l’État, et non à sa famille », reconnait sans ambages Mohamed Housseine, le ministre de la justice, contacté au téléphone à ce sujet précis.

 

Les faits sont ahurissants. En plus de « devoir » payer la facture de sa chambre, Mohamed Moina a été sommé de régler les 1.340.000 Kmf de l’autre chambre qu’occupaient les gendarmes qui assuraient sa surveillance durant les 67 jours qu’il a passés dans cette clinique privée de Moroni. Soit dit en passant, la pièce est facturée 20.000 Fc par jour de par son étendue. Le prisonnier s’est opposé avec succès. Néanmoins les soins ont été interrompus, et il est reconduit dans sa cellule à la maison d’arrêt de Moroni. Une mesure inconsidérée que le ministre de la justice dit « ignorer ». « Je rappelle que la loi voudrait que les frais d'hospitalisation et les frais médicaux d'une personne détenue par l'État soient pris en charge par ce dernier, au même titre que ses frais de nourriture et autres », rouspète son avocat Me Moudjahidi Abdoulbastoi.

 

En parlant de frais de nourriture, ceux-ci s’élèveraient à 335.000 Fc, tandis que les dépenses liées aux déplacements de ceux qui s’occupaient de lui se chiffreraient à 127.300 Fc selon une source bien au fait du dossier. « Si mon client meurt aujourd'hui en prison, faute de soin, ce sera la responsabilité de l'État comorien qui sera engagée », poursuit l’avocat qui rappelle que le médecin de son client recommande vivement une évacuation sanitaire. En effet, selon son rapport médical que nous nous sommes procuré, « les céphalées et vertiges post traumatiques sont toujours présentes souvent [quand Mohamed Moina veut] se mettre debout ». Ce rapport de deux pages, établi le 12 avril, conclut que le patient « nécessite un approfondissement du coté urologique pour déterminer l’origine du sang et une prise en charge dans un service de neurochirurgie ». Notons que ni le service de l’urologie ni celui de la neurochirurgie, ne sont disponibles aux Comores.

 

A en croire son avocat, l’état de santé de Mohamed Moina « a toujours été fragile avant même sa mise en détention ». « Le juge d'instruction est au courant de cette situation dès le départ. Aujourd'hui, son état de santé s'est détérioré avec le mauvais traitement dont il a été victime à la maison d'arrêt. N'oublions pas que mon client s'est fait tabasser gratuitement le lendemain de l'évasion de Bobocha, à laquelle il n’a jamais été associé ni de près ni de loin ». Me Moudjahidi nous a fait part de son intention de soumettre une « autre » demande de mise en liberté provisoire qui sera motivée par la dégradation de l’état de santé de son client, arrêté par la gendarmerie au mois de mai 2020 à son domicile de Mbéni, pour « complicité d’attentat à la sureté de l’État ». Comme beaucoup d’autres prisonniers politiques, le procès de Mohamed Moina n’a pas encore eu lieu.

 

TM

 


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