Les stations-service de Bonzami et de Malouzini, comme toutes celles de la capitale, sont prises d’assaut. Depuis plusieurs jours, automobilistes, taximen, chauffeurs de bus et transporteurs de marchandises patientent pendant des heures dans l’espoir de faire le plein ou d’obtenir quelques litres de carburant.
Dès les premières heures de la journée, les files de véhicules s’étirent sur plusieurs centaines de mètres. À Bonzami, elles dépassent même l’école privée Le Gymnase. Pare-chocs contre pare-chocs, les voitures occupent les deux côtés de la chaussée, transformant les rues en vastes parkings à ciel ouvert. Depuis lundi, l’approvisionnement des stations-service se fait de manière irrégulière. À chaque arrivée d’un camion-citerne, des dizaines de véhicules convergent vers les pompes, provoquant d’importants embouteillages. Sur place, les usagers tentent de s’organiser eux-mêmes afin de maintenir un semblant d’ordre dans les files d’attente. La chaleur et la pluie rendent l’épreuve encore plus difficile. Les chauffeurs patientent pendant des heures, parfois toute une nuit. Certains dorment dans leur véhicule, tandis que d’autres rentrent chez eux avant de revenir le lendemain pour conserver leur place.
« Depuis mardi à 13 heures, je suis dans cette file. Lundi soir, j’ai laissé ma voiture ici et je suis rentré à Oichili. Ce matin, je suis revenu vers 8 heures avec l’espoir de trouver du carburant. Heureusement, les autres chauffeurs surveillent les véhicules », témoigne Saandi Ibrahima. Même constat chez de nombreux conducteurs rencontrés sur place. Plusieurs affirment avoir fait le tour de différentes stations-service avant de rejoindre Bonzami ou Malouzini, jugées plus susceptibles d’être ravitaillées. « C’est une situation catastrophique. Au lieu d’aller travailler, nous passons nos journées à chercher du carburant », déplore un habitant de Moroni rencontré dans la file d’attente.
À Malouzini, le tableau est identique. Mercredi 24 juin, bus, taxis et camions de marchandises s’alignent sur plusieurs rangées. Les moteurs s’éteignent puis se rallument au gré de l’avancée des files. Les chauffeurs s’abritent comme ils peuvent, une bouteille d’eau ou une serviette à la main pour supporter la chaleur. La solidarité s’organise également entre collègues. Certains chauffeurs prennent le relais d’amis ou de proches épuisés après plusieurs heures d’attente. « Mon ami m’a appelé à l’aube pour que je le remplace. Il était à bout de forces et avait besoin de repos. Je suis là depuis ce matin en espérant que nous serons servis », raconte un taximan venu prendre la relève.
Conséquence directe de cette pénurie persistante : l’activité économique tourne au ralenti. Plusieurs taxis réduisent leurs déplacements ou sélectionnent leurs courses afin d’économiser le peu de carburant restant dans leurs réservoirs. La même question revient dans toutes les conversations : jusqu’à quand cette attente interminable ? En attendant une amélioration de l’approvisionnement, des centaines d’automobilistes continuent de patienter sous le soleil, dans l’espoir de voir enfin leur tour arriver. Selon des informations non encore confirmées, le bateau serait attendu par la société comorienne des hydrocarbures vers le 28 juin prochain.
El-Aniou Fatima
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