Il est 6 heures du matin à Moroni. Devant le robinet public de Kaltex, Amina, 34 ans, attend avec trois bidons vides. Autour d’elle, des femmes, des enfants, des vieillards. Tous espèrent voir couler quelques litres d’eau avant que la pression ne s’interrompe. « Parfois on attend des heures pour rien », souffle-t-elle. À Moroni, le manque d’eau n’est plus un simple désagrément du quotidien. Il affecte directement la santé des habitants, dégrade les conditions d’hygiène et complique même l’accomplissement des pratiques religieuses. Une situation alarmante qui appelle des réponses urgentes.
Dans les foyers, la lessive et le ménage sont relégués au second plan. « Je suis obligée d’accumuler les vêtements de mes enfants, de mon mari et les miens pour ne les laver qu’une fois par semaine. C’est pénible et dangereux pour notre hygiène. Les habits sales s’entassent, et on tombe souvent malades », confie une mère de famille. Se laver est devenu un luxe. « Ce matin, il n’y avait même pas de quoi se laver le visage », raconte Moinour M’ze. Dans certains quartiers, une seule douche par semaine est devenue la norme. « On doit choisir : soit on se lave, soit on cuisine. L’eau est trop rare pour tout faire, fort heureuse que nous avons la pluie ces temps-ci », explique Zaina Saïd.
Pour s’approvisionner, de nombreux habitants se rendent à Vouvouni, une localité voisine où l’eau est encore accessible. Chaque après-midi, des véhicules chargés de bidons font la navette. Des femmes s’y retrouvent pour faire la lessive, dans une ambiance mêlant rires, fatigue et résignation.
Mais ceux qui n’ont pas de moyen de transport n’ont d’autre choix que de patienter devant les robinets publics, parfois toute une journée, pour repartir avec quelques litres à peine. Selon Msaidie Bousri, chargée de la communication à la mairie de Moroni, les causes de la crise sont multiples : « Le principal problème reste le manque de moyens financiers : absence d’infrastructures de stockage, capacité de pompage insuffisante et réseau de distribution vétuste datant de 1974. » Elle souligne également que les autorités locales manquent de ressources pour faire face à une éventuelle crise sanitaire, tout en promettant l’ouverture prochaine de discussions au niveau communal.
La pénurie impacte aussi la vie spirituelle des fidèles musulmans. « Les ablutions deviennent un véritable casse-tête. Parfois, on prie avec très peu d’eau, et il arrive même de rater la prière faute d’en avoir », confie Laïla Ali. Sur le plan sanitaire, les risques sont réels. Un professionnel de santé alerte : « Le manque d’eau favorise les maladies diarrhéiques, les infections urinaires et les affections cutanées. Les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables. La déshydratation est également un danger, surtout pour ces groupes fragiles. » À Moroni, la crise de l’eau n’est donc pas seulement un problème d’infrastructures. Elle fragilise le quotidien, menace la santé publique et touche jusqu’aux pratiques religieuses, rappelant l’urgence d’une réponse durable et coordonnée.
El-Aniou Fatima
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