Les journalistes ont été empêchés par les hommes en treillis de couvrir le rassemblement contre la vie chère à la place de l'indépendance samedi dernier. Une énième atteinte à la liberté de presse qui est malheureusement devenue monnaie courante dans le pays. En quoi la présence d’une dizaine de journalistes dans un espace public constituait-il une menace à l’ordre public ou à la sécurité ? Et ce d’autant plus que le rassemblement de la société civile qu’ils devraient couvrir a été interdit.
Alors que les forces de l'ordre sont tenues de protéger les journalistes pour leur permettre d’exercer leur métier en toute sécurité, l’incident de samedi dernier à la Place de l’indépendance doit interpeler les pouvoirs publics. Samedi 04 juin dans la matinée, les journalistes ont été refoulés sans ménagement des abords de la Place de l’indépendance, alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir le rassemblement contre la vie chère appelé par la société civile. « On nous a demandé de nous éparpiller, de ne pas constituer un bloc. Plusieurs d'entre nous, ont été refoulés. Ils étaient obligés de rebrousser chemin », témoigne Nassuf Ben Amad, un journaliste de La Gazette qui était censé couvrir cet événement.
Quant à la journaliste de la radio Hayba FM, elle a vu son téléphone, qui est également son instrument de travail, cassé par un gendarme sous ses yeux. « J'étais entrain de faire des images illustratives. Soudainement, j'ai vu 4 à 5 gendarmes se diriger vers moi et l’un d’entre 'eux, m'a demandé de lui donner mon téléphone. A peine je le lui ai remis, il l’a balancé par terre. Je lui ai alors demandé, pourrais-je quand même le reprendre », explique-t-elle sous le choc avant d'ajouter : « Je ne faisais que mon travail. Ce qui m'a sidéré, ce gendarme n’a pas daigné de me témoigner le moindre respect ou regret alors que je n’ai commis aucune infraction ».
Cette énième atteinte à la liberté de presse est dénoncée par des professionnels des médias. « Le fait qu'un gendarme ait détruit le téléphone d'une journaliste ce matin à Moroni, en marge de la manifestation contre la vie chère qui devrait se tenir à la place de l'indépendance est un exemple parmi des milliers d'autres des dérives de nos forces de l'ordre », écrit Faissoil Abdou, ancien journaliste sur sa page Facebook.
Le directeur de Hayba FM Mohamed Saïd Abdallah Mchangama n’a pas caché sa colère. « L'armée et la police, chargée de nous protéger savent tout sur nous. Par exemple que la journaliste en ensemble marron et portable marron, est ma femme. Par exemple que cet après-midi, je serai très fatigué et que je n'aurais pas de sou ayant acheté 20 litres d'essence. Par exemple que sans téléphone, Tahamida ne pourrait pas m'appeler pour me demander d'acheter de l'eau minérale et des bananes au marché d'Itsandra en rentrant à Voidjou », regrette-t-il.
Rappelons que lors de la célébration du 03 mai dernier, le syndicat des journalistes aux Comores avait dénoncé un climat délétère pour les journalistes. Et pour cela, il a sollicité des pouvoirs publics leur protection pour un environnement sûr et respectueux de nos droits. « Nous demandons aujourd’hui aux pouvoirs publics de plus de protection. Nous demandons aux forces de l’ordre de nous protéger chaque fois que les circonstances l’exigeront », avait sollicité le Snjc. Malheureusement, une sollicitation qui s'avère un vœu pieux parmi tant d'autres.
Andjouza Abouheir
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