La Gazette

des Comores

Refus de visa : Un drame humain et administratif

Refus de visa :  Un drame humain et administratif © : HZK-LGDC

Le 5 mars dernier, une affaire particulièrement sensible a secoué l’opinion publique. Madame Mariama Mdahoma, une mère comorienne, s’est vu refuser un visa d’entrée en France par l’ambassade de France à Moroni. Un refus qui prend une dimension tragique, car son déplacement est motivé par la nécessité d’assister sa fille de deux ans, Rahamata Hassani, gravement malade et en soin au CHU de Marseille.


L’enfant, atteinte d’un cancer oculaire, doit subir une opération d’énucléation de l’œil gauche à l’institut Curie à Paris. Cette intervention est indispensable pour éviter la propagation du cancer à d’autres parties de son corps, Selon le Dr Carole Coze, chef du service d’oncologie pédiatrique à la Timone à Marseille, là où se trouve actuellement en soin la petite, Rahamata Hassani. Dans sa situation, l’accompagnement parental joue un rôle déterminant tant pour le bien-être psychologique de l’enfant que pour la qualité du suivi médical post-opératoire. Malgré cet impératif médical, l’ambassade de France à Moroni a opposé un refus, motivé par la crainte que Mme Mdahoma ne prolonge son séjour en France au-delà de la période prévue. Cette justification, fréquemment invoquée pour refuser des visas, est ici d’autant plus controversée qu’elle ignore l’urgence humanitaire du cas. Joint par nos soins, pour savoir où en est le dossier, l’ambassade de France n’a pas donné suite à notre demande.

Une décision contestée par la famille et les défenseurs des droits. Face à cette situation, la famille de Rahamata, soutenue par leur avocate Me Maliza Saïd Soilihi, a vivement dénoncé cette décision. Dans le canard de l’Etat, Al-Watwan (n°5139), l’avocate souligne le caractère injuste et dangereux de ce refus : « Le refus de visa prive Madame Mdahoma de la possibilité d’être auprès de sa fille dans cette épreuve. Ce préjudice est grave et irréversible tant sur le plan psychologique que sur le suivi médical. » Ce refus suscite également l’indignation de nombreux observateurs, qui y voient une rigidité bureaucratique déshumanisante. Pour ces derniers, la politique stricte de délivrance des visas, appliquée sans discernement, engendre des drames humains évitables.

Toutefois, l’espoir n’est pas totalement perdu pour Mme Mdahoma. Selon les procédures en vigueur en France, elle dispose d’un recours légal pour contester cette décision. Un nouveau dossier pourrait être présenté, accompagné d’arguments médicaux et juridiques plus solides, afin d’obtenir un réexamen du cas. En effet, tous ceux qui se sont vus refusés un visa ont la possibilité de déposer un recours gracieux pour contester la décision. Ce recours doit être déposé dans un délai de deux mois après la notification de refus, en suivant les dispositions de l’article L.411-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) en France.

Ce dossier expose un dilemme récurrent dans les relations franco-comoriennes en matière de visas. D’un côté, la France applique une politique stricte pour limiter l’immigration irrégulière. De l’autre, cette rigidité administrative entraîne parfois des décisions inhumaines, notamment lorsqu’il s’agit de situations médicales urgentes. En attendant un éventuel revirement, Rahamata devra affronter seule cette épreuve, sans le soutien de sa mère. Une séparation imposée qui ajoute à la souffrance de l’enfant et de sa famille, soulevant ainsi une question fondamentale : jusqu’où doit aller la rigueur administrative lorsque des vies sont en jeu ?

 

Imtiyaz

 


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