La décision chef de l’État d’attribuer à son gouvernement le pouvoir de règlementer les prix des produits de première nécessité suscite des vives inquiétudes dans le secteur privé.
Le chef de l’Etat autorise dans un décret pris le 4 février dernier, son gouvernement à prendre des mesures exceptionnelles pour règlementer le prix dans un but de « lutter contre des hausses excessives des prix de produits de première nécessité soumis à la procédure d'homologation et conformément aux dispositions des articles 6 et 7 de la loi N13-014/Au du 26 décembre 2013 relative à la concurrence en Union des Comores ». En effet Azali Assoumani donne mandat au ministre de l’Économie de pouvoir prendre « des mesures exceptionnelles pour réglementer les prix ». « Ces mesures exceptionnelles sont prises après consultation de la commission Nationale de la concurrence ou avis circonstancié du conseil des ministres, pour une durée n'excédant pas six mois, prorogeable suivant la nécessité de la conjoncture économique », précise-t-il.
Mais le secteur privé qui y voit un énième empiètement des textes régissant le commerce ne l’entend pas de cette oreille. La Nouvelle Opaco estime que le décret du chef de l’État n’était « pas nécessaire ». « La loi de 2013 a prévu la possibilité d’intervenir pour mettre de l'ordre dans les prix en cas de situation exceptionnelle, le mois de ramadan et en cas de catastrophes naturelles ou événements apparentés. Nous sommes coutumiers du fait. La même loi a prévu les organes à mettre en place pour faire marcher les dispositifs prévus par ce texte. C'est le cas de la commission nationale citée dans le décret et qui n'est pas mise en place à ce jour. Citer la commission dans le décret en indiquant qu'elle peut être consultée ou le conseil des ministres donne une prépondérance à l'Etat pour apprécier tout seul cette notion d'exception et de prix élevé », souligne la patronne de l’organisation patronale la plus influente des Comores.
« Cette exclusion du secteur privé n'est pas de nature à nous rassurer. Des arrêtés [ministériels] d'encadrement tarifaires pourraient être signés sans consultation aucune, ce qui pourrait créer un chaos. Pour rappel, la commission nationale sur la concurrence est composée de membres issus du privé comme du public », développe-t-elle. Même son de cloche pour son prédécesseur Ali Mohamed Mahamoudou. « Avant le règne douanier de Kamal Souef, le secteur Commerce a été épargné des soucis. Ensuite sans dialogue ni concertation les facilités ont été restreintes, les procédures et conditions de dédouanement durcies, et les taxes se sont envolées accentuant ainsi la pression sur les opérateurs, créant un climat de méfiance, ce qui a engendré un ralentissement grave des importations et donc un phénomène de pénurie avec les conséquences qui en découlent ». Il enchaine qu’une baisse des prix « non concertée, en plus de son côté cavalier et préjudiciable ne peut que pousser les opérateurs à ralentir davantage leurs activités, poussant à une pénurie accentuée des denrées ». « Une telle situation sera alors propice à l’informel voire même le marché noir qui ne tardera pas à se mettre en place », s’inquiète celui qui préconise le plan Marshall…
Dans un entretien téléphonique, le Syndicat national des commerçants regrette lui aussi le fait que le gouvernement « ne respecte pas les textes ». « Nous l'avons dit qu'il y aura une crise dans le pays mais ils sont toujours dans le déni. Nous ne sommes pas d’accord avec leur façon de faire. Cette situation de la vie chère a été discutée à maintes reprises mais on dirait qu'ils ne comprennent plus rien », s’emporte Abdou Boina, un des cadres du syndicat. La Fédération des consommateurs n’était pas disponible au moment où nous avions contacté un de ses membres du bureau.
Andjouza Abouheir
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC