La Gazette

des Comores

Réligion : Commémoration du décès Said Toihir Ben Said Ahmed Maoulana

Réligion :  Commémoration du décès Said Toihir Ben Said Ahmed Maoulana © : HZK-LGDC

Six ans après sa disparition, la figure du grand mufti Said Toihir Ben Said Ahmed Maoulana demeure profondément ancrée dans la mémoire collective comorienne. À l’occasion de la sixième commémoration de son décès, survenu dans la nuit du 14 au 15 Sha‘ban, le parcours d’un savant d’exception, éducateur et guide spirituel, refait surface avec une résonance toujours actuelle.


En ce mardi de commémoration, le souvenir de Son Éminence le Grand Mufti Said Toihir Ben Said Ahmed Maoulana continue d’illuminer les consciences, six ans après sa disparition. Une figure dont l’héritage dépasse largement le cadre religieux pour s’inscrire dans l’histoire intellectuelle, morale et politique des Comores. Né en 1942, Said Toihir quitte très tôt son île natale pour Zanzibar, où il reçoit une première formation religieuse. Sa soif de savoir le conduit ensuite au Caire. En 1956, il intègre la prestigieuse université d’Al-Azhar, devenant le deuxième Comorien à fréquenter cette institution de renommée mondiale. « Il portait déjà en lui l’ambition de servir son peuple par le savoir », se souvient l’un de ses anciens camarades.

 

Le Caire de cette époque est un carrefour idéologique et politique. Entre l’effervescence de la révolution de 1952 et l’influence des Frères musulmans, le jeune étudiant observe, écoute et se forge une pensée personnelle. « Il parlait peu, mais comprenait beaucoup », raconte un proche. Brillant parcours académique : certificat secondaire d’Al-Azhar en 1959, licence en droit de la charia en 1964, puis formation complémentaire à Dar al-Uloum. Sa fréquentation des cercles intellectuels cairotes, animés par des figures comme Taha Hussein, Ahmed Amin ou Al-Akkad, nourrit chez lui un esprit ouvert, critique et profondément humaniste. À son retour aux Comores à la fin des années 1960, son profil atypique intrigue. « Chaque mot était pesé, chaque prise de position surveillée », confie le Dr Ouled Ahmed.

 

Engagé un temps dans la vie politique aux côtés de leaders de son époque, notamment Ali Soilihi, Said Toihir s’en éloigne après les bouleversements de 1975. Il tranche alors avec clarté : « La religion ne doit pas devenir un instrument de pouvoir ». Pour lui, la mission du savant est ailleurs : éduquer, guider, apaiser.

Ancré dans le soufisme sunnite transmis par ses parents, il devient au fil des années une référence spirituelle et morale. « Il a été un rempart contre les extrémismes et un facteur de stabilité nationale », souligne le professeur Damir Ben Ali. Orateur respecté, fin connaisseur de la langue comorienne, il parvient à rassembler bien au-delà des clivages idéologiques et politiques.

 

Jusqu’à la fin de sa vie, Said Toihir choisit la voie de la sagesse, de la discrétion et du retrait digne. Avec lucidité, il résumait parfois son regard sur la vie publique : « Les politiciens étudient souvent le même programme et produisent les mêmes résultats ». Six ans après sa disparition, son héritage demeure vivant. Plus qu’un souvenir, il incarne une boussole morale rappelant qu’une nation se construit aussi par la foi, le savoir, la mesure et le respect de l’autre.

 

Ibnou M. Abdou

 

 


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