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Société: Anjouan sans mabawa, la crise est criante

Société: Anjouan sans mabawa, la crise est criante © : HZK-LGDC

Depuis plusieurs semaines, la population d’Anjouan fait face à une pénurie criante de produits carnés. Les étals de Mutsamudu sont presque vides, les congélateurs refroidissent du vide, et les ménagères comptent les grammes de poulet comme on compte les jours avant une délivrance.


Quand le poulet devient un luxe. Un commerçant du quartier Hamoumbou, connu sous le nom de Oueyah, confie : « On a pu acheter seulement cinq cartons venus de Moroni, c’est pourquoi le prix du kilogramme de pilons est passé de 1 500 à 1 750 francs ». Une hausse brutale qui plonge de nombreuses familles dans la frustration et l’incompréhension. Dans les marchés, tout semble désorganisé. Des commerçants, incapables de gérer correctement leurs stocks, imposent des augmentations soudaines, sans justification réelle. Une source de la Chambre de commerce confirme : « Il n’y a ni poulet entier, ni ailes, ni viande fraîche. On espère l’arrivée du bateau en début de semaine ». Mais rien n’est certain. Il y a quelques jours encore, un porte-conteneurs a accosté au port de Mutsamudu, sans que personne ne sache si les produits tant attendus s’y trouvent.

 

L’incertitude alimente la peur d’une nouvelle flambée des prix à l’approche de la fin de l’année. Décembre, période de fêtes et de forte consommation, risque de devenir un cauchemar pour les familles modestes. Certains commerçants parlent déjà d’une « pénurie de saison », une excuse souvent utilisée pour justifier les spéculations. Pourtant, l’entreprise UAFL Mutsamudu dément toute rupture d’approvisionnement à long terme et accuse la désorganisation locale. La vraie question reste la même : pourquoi cette instabilité permanente ?

 

Depuis 2019, les prix s’envolent sans contrôle. Les ailes de poulet sont passées de 1 100 à 1 750 francs le kilo. « C’est criminel ! » s’indigne Vivyane, vendeuse de brochettes au marché de Mutsamudu. « Nous travaillons pour eux ! » lance-t-elle, les yeux pleins de rage. Et quand on lui demande qui sont ces « eux », elle répond d’un mot : « Wenyewe », (es propriétaires du pays). Son cri résonne comme un appel au réveil collectif. Car derrière cette pénurie se cache un système injuste, où les petits paient toujours le prix fort. La viande manque, mais les profits, eux, ne manquent jamais. À Anjouan, manger du poulet est devenu un luxe. Et pendant que les familles s’inquiètent du prochain repas, d’autres festoient dans l’abondance. La faim n’est plus seulement une question d’économie : c’est désormais une question de dignité.

 

Younes

 


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