La Gazette

des Comores

Soilihi Mohamed Djounaid : « Donner plus de pouvoir aux communes »

Soilihi Mohamed Djounaid : « Donner plus de pouvoir aux communes » © : HZK-LGDC

Un constat amer : l’autorité de l’État n’existe pas dans nos villages, ces micro-États qui prospèrent au grand dam des valeurs républicaines. Pour le secrétaire d’État à la Fonction publique, Soilihi Mohamed Djounaid, cette situation est réversible. Mais comment le gouvernement compte-t-il s’y prendre, enfin ? Le patron de l’administration a répondu aux questions d’Andjouza Abouheir.


Question : Ces dernières années l’on constate une mise en avant de la femme dans les cérémonies religieuses officielles par le chef de l’État, et ce au grand dam des us et coutumes. Pourriez-vous nous déchiffrer son message ?

 

Soilihi Mohamed Djounaid : Je pense que ce n’est pas la première fois aux Comores que nous assistons à cela. L’histoire nous a enseigné. L’ile de Mohéli a été d’abord gérée pendant longtemps par Djumbe Fatima. A Anjouan, il y’avait encore une reine. Si on remonte encore un peu plus loin, la femme du prophète était une guerrière. Elle était toujours devant pour s’affirmer, se battre, mettre en valeur la religion mais aussi montrer que la femme n’était pas  seulement une femme au foyer mais une femme qui s’imposait dans la société. La place de la femme figure en tout cas dans notre constitution. Il n’y a pas de distinction entre hommes et femmes. La religion, les lois, la Constitution ne s’opposent pas à ce que la femme soit au devant. La Constitution ne fait pas de différence entre homme et femme. D’ailleurs, même dans l’administration comorienne, il n’y a pas de distinction. S’ils occupent les mêmes fonctions, ils ont les mêmes salaires contrairement à d’autres grands pays. Avec les nouvelles lois sur la fonction publique, nous allons renforcer encore le rôle de la femme dans l’administration. Même si le taux de représentativité dans l’administration peut se discuter mais nous avons une femme gouverneure, des femmes ministres, des femmes députés et des femmes qui assurent des directions générales. Donc il y’a quand-même cette avancée majeure dans la société. La femme mérite ce qu’elle mérite. Aujourd’hui, elles prennent la parole publiquement et on dira qu’elle est en train de piétiner les us et coutume. Ce n’est pas vrai ! Je pense que le chef de l’État valorise davantage cette place et il n’y a rien de contraire. Car même les religieux ne s’y opposent pas.

 

Question : Pourquoi le même chef de l’État ne met-il pas à contribution la même énergie pour rétablir l’autorité de l’État dans nos villages ? Vous n’êtes pas sans savoir qu’au sein de l’État, des micro-États accroissent chaque jour leur pouvoir au grand dam des lois de la République.

 

S.M.D : Le fondement même de la mise en place des communes et autres, c’est pour justement rapprocher l’Etat des administrés.  C’est le rôle aussi des préfectures, qui sont des services déconcentrés de l’État dans les régions et dans les villages. C’est la première fois qu’on assiste vraiment à cet engagement du gouvernement à renforcer les capacités des municipalités dans les régions. C’est justement, pour les autorités, pour se rendre compte du phénomène de société qui émerge aujourd’hui et justement, prévenir et réprimer ce genre de comportement auquel on assiste dans différentes régions. Nous sommes en train de renforcer le rôle des préfets et des préfectures. Nous voulons que les agents de préfectures soient des agents qui ont des profils compétents. Notre objectif est de donner plus d’importance et de pouvoir aux communes qui sont des structures complètement décentralisées et ce, bien sûr, dans le respect des lois. Et de leur donner l’autorité pour justement prendre des arrêtés et pour mettre de l’ordre public, lequel n’a pas de prix.

 

Question : La gestion du dossier de Mbambani est pour beaucoup la preuve du désintérêt de l’État à récupérer son autorité perdue dans nos villages.

 

S.M.D : Le gouvernement est très préoccupé par ces actes d’agression sexuels dans notre pays. D’ailleurs, l’on assiste aujourd’hui à une révision du code pénal et ce sont ces actes qui ont motivé cette révision pour encadrer ce phénomène. Parce que jusqu’à maintenant, c’est considéré comme des actes banals civils. Donc les peines n’étaient pas appropriées par rapport à ce qui se passe. C’est pourquoi justement la loi propose une peine maximale de 30 ans et on voit que c’est considéré commentant un acte criminel. Justement l’histoire de Mbamabani, c’est une affaire de la justice donc je ne vais pas me mêler à une affaire de justice. La justice tranchera et j’espère que ça tranchera d’une façon très juste pour qu’une histoire pareille ne se répète plus. Ce n’est pas une affaire de village mais une affaire de tout le monde. Si on ne prend pas des sanctions qui sont appropriés, l’acte peut se répéter ailleurs. C’est pourquoi la justice a pris le dossier en main.

 

Question : Partagez-vous le constat selon lequel, en matière d’offre d’emploi, les opérateurs économiques préfèrent les étrangers aux nationaux pour des raisons de disponibilité ?

 

S.M.D : L’emploi des étrangers, c’est vrai et c’est faux à la fois. Car aujourd’hui, la société Eiffage emploie 80% de son staff et de ses locales. Ils ont formé et ils emploient des Comoriens. Parfois, il y a des métiers qui demandent des ouvriers qualifiés et qui ne sont pas disponibles dans le pays. Ils sont obligés de prendre des spécialistes à l’étranger pour assurer ces fonctions. Actuellement, dans la réglementation des marchés publics, on privilégie l’emploi des nationaux et la formation des nationaux. D’ailleurs, le gouvernement a tout un programme pour la mise en place des centres de formation professionnelle pour former à ces métiers là. Nous pensons renforcer nos capacités pour absorber les offres d’emploi aux Comores ou ailleurs.

 

Question : D’aucuns incombent la faute au manque d’organisation de notre société : funérailles à n’importe quelle heure de la journée, festivités de mariages à n’importe quel jour...La liste de ces imprévus prévus est longue.

 

S.M.D : Quant il y a funérailles, c’est tout le monde qui abandonne leur poste. Moi je le prends pas mal parce que d’un coté ça reflète la société comorienne mais d’un autre ça dérange le fonctionnement de l’administration. Raison pour laquelle dans le plan de développement intérimaire, nous avons intégré la prise en compte justement de la réglementation des horaires de funérailles et les jours des mariages. Nous sommes en train de réfléchir et ça sera un débat dans les prochaines semaines pour justement essayer de mettre un peu d’ordre dans l’administration parce que ce n’est pas normal qu’à un décès tout le monde veut abandonner son poste et s’y rende parce qu’on est de ce village alors que le fonctionnement de l’administration est réglementé. Si c’est un parent ou un autre membre direct de la famille, là oui ça serait justifié.

 

Question : Vous êtes chargé de la modernisation de l’administration publique, qu’est-ce qu’on peut retenir de votre passage à la tête de ce département ?

 

S.M.D : Nous avons une feuille de route qui va nous conduire vers une dématérialisation de l’action de l’administration. Nous avons déjà démarré avec l’étude d’une plateforme d’intégrabilité que nous appelons l’Architecture d’entreprise du gouvernement (AEG). C’est le schéma global qui impliquera tous les applicatifs de dématérialisation du gouvernement. Les études sont déjà faites et nous sommes en train de les prendre en compte dans le développement de cette plateforme. D’ailleurs nous allons développer le portail gouvernemental qui sera la vitrine du pays à l’extérieur comme à l’intérieur. Nous avons développé une étude sur la cyber-sécurité pour instaurer la confiance du numérique et des administrés dans l’utilisation du numérique. Le projet de loi sera soumis à l’Assemblée. Parallèlement, trois initiatives sont en cours à savoir dématérialisation de la commande publique, c'est-à-dire le E- procurment pour rendre transparent le marché public. Il y a déjà un projet de code modifiant le code de 2012 qui intègre ces aspects de dématérialisations. Ensuite, il y a l’autorité de relation de marché, il y a la direction nationale de contrôle, toutes ces instances, avec l’Anaden, auront chacune un rôle à jouer dans l’utilisation de la plateforme pour la publication des appels d’offres et pour la transparence. La société civile a une  place très importante. Il y a aussi l’E-registre de commerce, qui est aussi une plateforme qui va permettre la création des entreprises en ligne. Chaque entreprise concernée aura une plateforme où elle va valider rapidement le processus. Il y aussi l’E-visa qui est une facilitation pour les étrangers qui veulent venir aux Comores de prendre leur visa en ligne.

 

Propos recueillis par Andjouza Abouheir

 


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