La Gazette

des Comores

Suspension de Youssouf Boinahéri : Les étudiants dénoncent une sanction illégale

Suspension de Youssouf Boinahéri : Les étudiants dénoncent une sanction illégale © : HZK-LGDC

C'est la voix des étudiants qui se fait entendre concernant la suspension de Youssouf Boinahéri, secrétaire général du Syndicat des enseignants de l’université (Sneuc), suspendu de ses fonctions en janvier dernier. Une sanction qui soulève des interrogations y compris chez les étudiants.


Plus de trois mois déjà depuis la suspension du Secrétaire général du syndicat des Enseignants-Chercheurs de l’Université des Comores (Sneuc). Le maintien de cette sanction suscite des interrogations sur son caractère « politique » plus qu’administrative. Après dépassement du délai lié à la suspension de l'enseignant Youssouf Boinahéri, les étudiants s'inquiètent du silence des autorités. « Soyons clairs : nous ne sommes pas dans le secret des dossiers. Nous ignorons les griefs exacts ou les rapports ayant conduit à cette suspension. L’administration, fidèle à ses pratiques, reste muette. Mais nous, nous connaissons la réalité du terrain : celle d’étudiants qui venaient en cours non par contrainte, mais par engagement », confie un étudiant de l'université. Selon lui « Boinaheri n’était pas un simple transmetteur de savoir. Il appartient à cette catégorie devenue rare à l’université : celle des passeurs. Il refusait les réponses toutes faites. Ses cours n’étaient pas des monologues, mais des espaces de confrontation intellectuelle où chaque idée était examinée, déconstruite, puis reconstruite. Pour beaucoup d’entre nous, c’était la première fois que nous avions le sentiment d’être pleinement considérés ».

Les étudiants ont signifié à la presse leur désarroi. « Sans prétendre décortiquer des aspects juridiques complexes, un fait est têtu. Au regard de l’article 91 de la loi n°04-006/AU du 10 novembre 2004, le conseil de discipline devait statuer dans un délai de deux mois à compter de la suspension. Or, ce délai est largement dépassé. Les poursuites disciplinaires sont désormais prescrites. Une contestation formelle a bien été portée devant les instances compétentes sur ce point précis. Cette situation soulève, au sein de la communauté universitaire, des interrogations légitimes sur la régularité des procédures. Comment l’administration peut-elle maintenir une sanction alors que la loi elle-même a sonné la fin de la partie ? », peut-on lire dans leur déclaration. Malgré leur contestation, les étudiants déplorent une illégalité procédurale qui engendre une conséquence humaine désastreuse. « Nous réalisons avec amertume que nous sommes peut-être la dernière promotion à avoir vécu cela. C’est un privilège aussi rare que douloureux. Ceux qui viendront après n’auront pas ce professeur capable de rendre vivantes des matières réputées difficiles. Ils auront un enseignement plus ordinaire, plus standardisé. C’est une rencontre essentielle que l’on retire aux générations futures ».

Il faut rappeler que cette suspension a fait objet de conférences organisées par le Sneuc dans lesquelles, les syndicalistes ont regretté une opacité des motifs liés à la suspension de Youssouf Boinahéri. « Le rectorat a été saisi pour demander la publication du rapport de la commission d’enquête. En réponse, il nous a été indiqué que l’affaire est aux mains de la gendarmerie. Et d'après les textes régissant l’Université des Comores au-delà d’un délai de deux mois, si les faits ne sont pas établis, l’affaire doit être classée », a précisé Andhumoudine Mohamed Youssouf, membre du Sneuc lors d'une conférence organisée en mars dernier. C'est dans ce contexte que les étudiants regrettent « une perte pédagogique majeure. Quel signal envoie-t-on à la jeunesse lorsque l’on écarte, sans explication claire et hors délai légal, ceux qui s’investissent avec le plus de rigueur ? Cette suspension dépasse le cadre individuel. Elle constitue un préjudice collectif. On ne suspend pas seulement un homme : on suspend une opportunité ».

Kamal Gamal

 


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