Transbordement coûteux, désorganisation des circuits de vente, fiscalité inter-îles et dépendance à l’importation tels sont aujourd’hui les maux qui frappent encore le pays et contribuent à l’envolée des prix des denrées alimentaires. Lors du panel consacré à la vie chère, dans le cadre du séminaire gouvernemental, des pistes comme les achats groupés régionaux, la relance de la production locale et un meilleur encadrement des prix, ont été évoquées comme solution pour inverser la tendance.
Réunis autour d’un panel sur le partenariat public et privé, le jeudi 15 mai dernier, la présidente de la Nouvelle Opaco, Sitti Djaouharia Chihabidine, le ministre de l’Économie Moustoifa Hassani Mohamed et le ministre de l’agriculture, Dr Daniel Ali Bandar, ont livré une analyse partagée sur les tensions économiques actuelles. Si les raisons de la flambée des prix sont multiples, un constat s’impose : la population subit de plein fouet les conséquences d’un marché fragile, dépendant et désorganisé. « Les produits sont déjà chers dès leur pays de départ. Une fois ici, ils subissent des charges supplémentaires : taxes douanières, coûts de transbordement, électricité hors de prix… », déplore Sitti Djaouharia Chihabidine. Pour la présidente de l’Opaco, les opérateurs sont pris en étau, et les consommateurs en paient le prix fort.
Le ministre de l’économie confirme que le problème majeur réside dans le transbordement. « Aucun navire ne relie directement l’Inde ou la Chine à notre pays. Les opérateurs sont contraints de passer par d’autres ports, ce qui augmente les frais de transport, logistique et manutention », explique-t-il. Cette situation rend inefficace la libéralisation du marché du riz et la concurrence espérée n’a pas vu le jour et les prix restent inchangés. Pour réduire ces coûts, la patronne de la nouvelle Opaco propose de nouer des partenariats régionaux, notamment avec l’île Maurice, en vue de réaliser des achats groupés. Elle appelle aussi à la suppression des taxes inter-îles, qu’elle qualifie de « douanières » et contraires au principe d’unité du marché national.
Le manque d’organisation de la chaîne de distribution est également pointé du doigt. « Entre les importateurs, les grossistes, les détaillants et les revendeurs, les marges s’additionnent, parfois sans justification », souligne-t-on lors des échanges. Cette chaîne fragmentée contribue à la hausse des prix des produits de première nécessité. De son côté, le ministre de l’agriculture, a mis plutôt l’accent sur la valorisation des ressources locales. Dr Daniel Ali Bandar annonce un objectif ambitieux, de produire 2000 œufs par jour d’ici 2026 pour réduire les importations. En matière d’élevage, une solution locale a été trouvée au problème d’approvisionnement en provende. Le secteur de la pêche est également en cours de réorganisation pour mieux répondre à la demande nationale.
Au-delà des causes externes comme la pandémie ou les conflits géopolitiques, les intervenants s’accordent à dire que la solution est aussi locale. Elle passe par une meilleure coordination des acteurs, un encadrement transparent des prix, des choix politiques forts pour réorganiser le commerce inter-îles et un soutien durable à la production nationale. La vie chère n’est pas une fatalité, à condition d’agir avec stratégie et volonté collective. Il reste à voir si ce panel apportera ses fruits ou le comorien continuera de payer le prix fort et vivre dans le désarroi. Car nombreux sont ceux qui espèrent encore un véritable changement, au-delà des discours.
Mohamed Ali Nasra
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