La Gazette

des Comores

Tolérance : Le prêtre Jean-Claude défend la cohabitation comme « levier de cohésion sociale »

Tolérance : Le prêtre Jean-Claude défend la cohabitation comme « levier de cohésion sociale » © : HZK-LGDC

Nous sommes le 24 novembre à 9h30. Le Père Jean-Claude Mij Riy, prêtre Salvatorien et secrétaire chancelier du vicariat apostolique de l’archipel des Comores, nous reçoit dans son bureau de l’église de Moroni. La rencontre intervient une semaine après la journée internationale de la tolérance le 16 novembre. Dès l’entrée, des armoires chargées d’archives donnent sur la porte. A droite de celle-ci, sur le mur, une photo retient l’attention : il pose avec le mufti de la République, Cheikh Aboubacar Said Abdillah Djmalillail qui l’avait reçu dans son bureau au muftorat en 2022 pour la remise d’une carte des vœux à l’occasion de l’aïd el-fitr. Cette tradition entre les deux instances religieuses témoigne d’une bonne entente, bien que la population conserve un regard parfois hostile envers la communauté chrétienne. En tant que représentant d’une minorité religieuse dans un pays musulman, il aborde cette question cruciale de la cohabitation interreligieuse, les défis de l’Église catholique aux Comores ainsi que la progression de son projet d’école pour les plus démunis.


Question : Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Jean-Claude Mij Riy : Je suis Père Jean-Claude MIJ RIY, prêtre salvatorien, SDS en sigle. Je suis le secrétaire chancelier du vicariat apostolique de l’archipel des Comores et curé de la cathédrale Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à Moroni.

Question : Quel sens prend la Journée Internationale de la Tolérance pour l'Église Catholique aux Comores, en tant que communauté religieuse minoritaire dans un pays majoritairement musulman ?

Jean-Claude Mij Riy : J’ai été honoré de prendre la parole à l'occasion de la Journée mondiale de la tolérance, organisée par le Global Council for Tolerance and Peace, en date du 16 novembre 2025. Le thème de cette année, “La Tolérance, levier de cohésion sociale et de paix durable dans nos sociétés,” est plus que jamais d'actualité. Pour l’Église Catholique aux Comores, la tolérance est un principe fondamental qui nous permet de vivre ensemble en harmonie, malgré nos différences. Elle nous invite à respecter et à accepter les croyances et les pratiques des autres, même si elles sont différentes des nôtres.

Question : Comment l'Église juge-t-elle la cohésion et la cohabitation interreligieuse actuelles aux Comores ? Y a-t-il des exemples récents de fraternité que vous souhaiteriez mettre en lumière ?

J-C MR : Aux Comores, nous avons la chance de vivre ensemble en tant que musulmans et chrétiens, et nous partageons  nos valeurs communes de compassion, de solidarité et de respect mutuel. En tant que chrétien, je voudrais rendre hommage à nos frères et sœurs musulmans qui nous ont accueillis et nous permettent de pratiquer notre foi en toute liberté. Nous sommes reconnaissants pour la tolérance et l'hospitalité que vous nous témoignez, pour la coexistence pacifique et la tolérance que nous partageons dans ce pays. Les invitations de l’État comorien lors des manifestations officielles, est une preuve de tolérance et de cohabitation pacifique. Exemple : La dernière en date, c’est lors que S.E. Azali Assoumani, président de la République a invité S.E. Mgr Charles Mahuza Yava à la pose de la première pierre de la piscine olympique.

Question : Quel est le message principal de l'Église Catholique en ce 16 novembre, au-delà de la simple commémoration ?

J-C MR : Le message principal de l’Église catholique de ce 16 novembre 2025, est simple : « l’amour sans frontière. » C’est que la tolérance n’est pas seulement une vertu humaine, c’est une valeur fondamentale qui s’enracine dans nos traditions spirituelles et religieuses, notamment dans la Bible. Jésus lui-même nous enseigne : « Aime ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22:39). Cet amour du prochain transcende les différences de race, de religion ou de culture, et invite à la coexistence pacifique. Et Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens (3, 13-17) ajoute : « Supportez-vous les uns les autres ; et si l’un de vous a une raison de se plaindre d’un autre, pardonnez-vous réciproquement, tout comme le Seigneur vous a pardonné. Et par-dessus tout, mettez l’amour, ce lien qui vous permettra d’être parfaitement unis…» Voilà quelques exemples parmi tant d’autres, de l’enseignement chrétien sur la tolérance. 

Question : Selon vous, quel rôle l'enseignement religieux (chrétien et musulman) a-t-il à jouer dans la promotion de la tolérance auprès des jeunes générations ?

J-C MR : Nous avons le devoir, nous responsables religieux, d’apprendre aux jeunes générations l’acceptation de la différence. Il est essentiel que nous, croyants, soyons des agents de paix et de tolérance, en étant les premiers à promouvoir le dialogue, la compréhension mutuelle et le respect. Notre foi nous enseigne que la paix commence par l’amour et la prière, par l’ouverture et la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Je souhaite également rappeler l’appel à la fraternité universelle lancé par le pape François dans l’encyclique Fratelli Tutti, où il écrit : « Nous sommes appelés à reconnaître dans chaque personne un frère ou une sœur, peu importe sa race, sa religion ou sa nationalité, car tous nous sommes membres d’une même famille humaine ». Cette exigence de fraternité transcende les différences et nous invite à agir pour une solidarité sincère, afin de construire un monde plus uni et pacifique. Et Sa Sainteté le Pape Léon XIV renchérit que « se reconnaître comme frères, voilà l’antidote à tout extrémisme ». Je voudrais ajouter aussi que notre engagement à promouvoir la tolérance ne doit pas être limité à des discours, mais se traduire par des actes concrets. Nous sommes appelés à être des artisans de paix, en adoptant les valeurs d’amour, de respect et de fraternité, pour construire une société plus juste, plus harmonieuse et plus tolérante.

Question : La Journée de la Tolérance est aussi un appel à l'action. Quelles sont les attentes de l'Église vis-à-vis du gouvernement comorien ou de la société civile en matière de soutien aux minorités ou d'aide aux démunis ?

J-C MR : Oh ! Le gouvernement fait autant pour nous via ses ministères compétents. C’est lui qui approuve nos statuts pour que nous puissions professer et vivre notre foi en toute liberté. En tant que chrétien, je voudrais rendre hommage au gouvernement comorien qui nous accueille et nous permet de pratiquer notre foi en toute liberté. Nous sommes reconnaissants pour la tolérance et l'hospitalité que vous nous témoignez, pour la coexistence pacifique que nous partageons dans ce pays. Notre reconnaissance aussi au Muftorat pour la franche collaboration et l’appel au respect mutuel.

Question : Concernant le vécu quotidien de vos fidèles, l'Église a-t-elle enregistré, au cours des derniers mois, des signalements d'actes à caractère christianophobe ?

J-C MR : On a des cas des élèves chrétiens taxés des « kafir ». Mais en général, il n’y a rien de grave.

Question : En 2021, l'Évêque avait évoqué dans nos colonnes à La Gazette des Comores la possibilité de financer une école pour les plus démunis. Où en est ce projet aujourd'hui ? Pouvez-vous nous préciser les modalités pratiques retenues : le lieu exact, la capacité d'accueil et les niveaux d'enseignement prévus ?

J-C MR : Le projet était introduit au ministère de l’éducation et c’est là que nous attendons jusqu’à ce jour la réponse. Nous savons qu’il y a une sorte de peur, sachant que l’école est un lieu sensible. Mais sachez que nous sommes respectueux des lois du pays. Nous-même nous n’enseignerons pas.

Question : Au-delà de ce projet éducatif, l'Église catholique a-t-elle d'autres initiatives sociales ou humanitaires prévues (santé, développement communautaire...) ?

 J-C MR : L’Église est un partenaire de longue date de l’État comorien, dans le domaine de la santé surtout, et de l’autonomisation des femmes, qui reçoivent la formation à la coupe-couture et l’alphabétisation via son bras social qu’est la Caritas. Le Pape souligne combien Caritas International est « depuis longtemps un signe lumineux de l'amour maternel de l'Église ».

 Question : Le prédécesseur de l'actuel Grand Mufti était réputé pour son engagement en faveur de la cohésion et du dialogue interreligieux. Comment l'Église Catholique perçoit-elle la continuité de cette ouverture et de cette volonté de dialogue chez l'actuel Grand Mufti ?

 J-C MR : L’actuel Grand Mufti est aussi très hospitalier et collaborant. Tout ce qu’il nous demande souvent c’est le respect mutuel. Voici une photo avec lui.

 

Propos recueillis par Toufé Maecha

 

 


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