Il y a encore quelques années, Loulou Hôtel de Domoni Anjouan était connu parmi les célèbres structures hôtelières de la région. Depuis son ouverture en 2000, Amir Djaffar, son Directeur s’est investi à fond pour faire de l’hôtel mais aussi de l’île d’Anjouan un joyau. Malheureusement, les gouvernements successifs ne cessent de lui mettre des bâtons dans les roues. Ce chef d'entreprise qui a toujours déployé ses forces afin de soutenir les gouvernements comoriens n’a reçu au retour que des déceptions. Il est à chaque fois payé en monnaie de singe.
« En 1991, j’ai investi sur l’automobile. J’ai avancé au gouvernement à l’époque des voitures kits. Tout ce courage, pour mettre en valeur le pays. Mais après je n’ai pas été payé. J’ai dû vendre ma première maison à Mayotte pour me remettre les pieds sur terre et rembourser les dettes », rappelle-t-il.
Après avoir fini de payer ses dettes sur les kits de voitures, est venue l’histoire de l’Hôtel Loulou. L’investissement dans l’hôtellerie a connu dès son ouverture un grand succès. La ville de Domoni fut ouverte et a commencé à attirer du monde. Ceux qui étaient restés à Moroni ou Mutsamudu auparavant se sont trouvés une place à Domoni. Un hôtel digne de ce nom venait de s'implanter dans cette troisième grande ville de Ndzouani. La gestion de l'établissement ne s’improvisait pas. L’équipe dirigeante était compétente et très accueillante.
Loulou hôtel a accueilli du monde depuis son ouverture et tout marchait si bien comme le souhaitait son gérant. Et pataras. En 2008 une autre page s’ouvre. C’est l’époque où les militaires de l’Union Africaine étaient à Anjouan pour déloger le colonel Mohamed Bacar. Ces militaires sont allés saccager l’hôtel sans raison apparente. Le gouvernement de l’époque avait promis un remboursement qui ne sera jamais honoré.
Impossible de réparer tout ce qui a été détruit, portes, climatiseurs, objets d’arts, frigos, congélateurs et autres. Selon les estimations du gérant, le montant des dégâts s'élève à plus de 50 millions de francs comoriens. Il décide alors de mettre la clé sous le paillasson. Il quitte Anjouan et part s’installer quelques années encore à Mayotte où il fait tout pour amasser quelques sommes pour pouvoir payer ses dettes. Il a en tête de rouvrir Loulou Hôtel.
En 2015, à la veille des élections générales au pays, le patron de Loulou a mobilisé toutes ses économies pour remettre en route l’Hôtel. Il s'est dit qu’avec un nouveau régime, tout peut basculer à son profit. Il met à jour ses impôts à Anjouan, et prêt à relever le défi pour un hôtel pour tous.
Mais une fois de plus le pire s’invite sans attendre. Cette fois-ci c’est la société d’électricité d'Anjouan (EDA) qui s'en mêle. Un releveur de compteur de la société arrive un bon matin à l’hôtel pour un contrôle. En quittant le lieu, il s’empare du compteur et part sans explication. Amir a cherché à savoir le pourquoi de cette mesure, le Directeur de la société à cette époque lui répondra qu’aucune charge n’a été retenue contre l’hôtel, mais c’est juste pour une vérification.
Une enquête relèvera après quelques jours que ce directeur voudrait juste se venger contre le patron de Loulou hôtel, qui n’est autre que le frère d’Anzim Djaffar, car ce dernier l'avait un jour accusé de vol. Une histoire qui remonterait d'une une vingtaine d’années. Loulou hôtel est, depuis, resté privé d'électricité pas à cause d'impayés de ses facture auprès d'Eda mais à cause d’une vengeance privée.
Le patron de Loulou n'a pas baissé les bras même si au final il se demande comment doit-il faire pour qu’un gouvernement finisse par mesurer combien contribue au développement du secteur touristique dans l'archipel et l'encourager. Maintenant notre patron se pose des questions « Est-ce que vraiment nos gouvernants ont besoin d’un développement dans ce pays ? Il faut toujours continuer à investir sans retour ? »
Après qu’on lui a arraché son compteur, il n’a pas cherché à poursuivre l’affaire, sachant qu’il est un petit grain de riz au pays des coqs. Il s’est encore investi à hauteur de six millions de francs comoriens pour s’acheter des panneaux solaires et un groupe électrogène afin d’équiper Loulou en énergie. Ce n’est pas tout mais notre généreux patron vient récemment de passer une commande d’engins de chantier qui peuvent servir à mettre en œuvre différentes couches de chaussées ou réparer des routes. A plusieurs reprises il a essayé de bénéficier d’une exonération auprès de l’Etat afin de dédouaner le matériel, en vain. Son matériel est toujours resté cloué à la douane de Mutsamudu.
Pendant ce temps nous voici en pleine période d’élections et dans les quatre coins du pays, des candidats aux élections présidentielles ne parlent que de développement, de changement voire même d’Emergence.
« Comment allons sous avancer si on resserre l'étau aux investisseurs ? Qui peut nous avancer le pays sans notre contribution ? », s'interroge le patron de Loulou, sans réponse.
Naouir Eddine Papamwegne, journaliste collaborateur de La Gazette / HZK-Presse
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