La Gazette

des Comores

Télécommunications : Vers l’introduction d’un troisième opérateur ?

Télécommunications :  Vers l’introduction d’un troisième opérateur ? © : HZK-LGDC

À l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du pays, l’ANRTIC retrace l’évolution du secteur des télécommunications et pose les bases d’une nouvelle ère. Alors que l’ouverture du secteur à la concurrence approche sa 10ème année, l’introduction d’un troisième opérateur se profile comme une piste sérieuse, mais non sans conditions.


Cinquante ans après l’indépendance des Comores, le secteur des télécommunications s’apprête peut-être à vivre un nouveau tournant. C’est en tout cas ce que laisse entendre Taoufiki Mbae, directeur technique de l’Agence nationale de régulation des technologies de l’information et de la communication (ANRTIC). Dans un entretien accordé le 12 juin dernier à La Gazette des Comores, il revient sur le long chemin parcouru depuis l’époque des PTT jusqu’à l’hypothèse d’introduire un troisième opérateur téléphonique sur le marché. « Aux Comores, nous avons suivi le parcours classique des pays en développement : d’abord un service ministériel, puis un office, ensuite une société publique, avant d’opérer une séparation des rôles », rappelle-t-il. Et de poursuivre que cette réforme structurelle s’est concrétisée avec la création de l’ANRTIC, ayant permis de clarifier les responsabilités. L’État gère ainsi la politique sectorielle et le régulateur assure la conformité aux lois. L’opérateur historique se consacre quant à lui à l’exploitation commerciale.

Cependant, la simple coexistence de deux opérateurs depuis 2017 n’a pas suffi à créer une véritable dynamique concurrentielle. « Ils se sont livrés à une guerre des prix tellement agressifs qu’ils ont fini par vendre à perte », explique Taoufiki Mbae. Alertée, l’ANRTIC a dû intervenir en instaurant des tarifs planchers pour stopper l’hémorragie financière et protéger la viabilité du secteur. Le directeur de l’ANRTIC a regretté le fait qu’aujourd’hui, « les deux opérateurs pratiquent exactement les mêmes prix. Il n’y a plus de concurrence. Et sans concurrence, c’est le consommateur qui perd ». Face à cette situation, le régulateur n’écarte plus la possibilité d’introduire un troisième opérateur de télécommunication. Pour lui, cela pourrait relancer la compétitivité et améliorer la qualité de service. Toutefois, une réforme en amont s’impose.

« Introduire un nouvel opérateur alors que l’opérateur historique n’a pas été restructuré serait une erreur. Ce dernier compte plus de 2 000 employés, contre moins de 200 pour son concurrent. Il ne peut pas livrer une vraie bataille concurrentielle dans ces conditions ». L’ANRTIC insiste donc sur la nécessité de rééquilibrer les capacités des opérateurs actuels avant toute ouverture du marché à un nouvel entrant. Au-delà de ce débat, l’ANRTIC, créée à la suite de la réforme du secteur, a vu s’élargir sa mission : veiller à l’application des lois, gérer le plan national des fréquences, délivrer les autorisations, établir les cahiers de charges et représenter l’État comorien à l’international. « Nous intervenons à l’Union internationale des télécommunications (UIT), à la CRASA, et dans d’autres enceintes où se dessinent les grandes orientations du secteur à l’échelle régionale et mondiale », précise le directeur technique.

Alors que le pays fête le cinquantenaire de l’Indépendance, cette réflexion autour d’un troisième opérateur télécom incarne les ambitions d’un pays tourné vers la modernité et l’inclusion numérique. Pour autant, la prudence reste de mise puisqu’il ne s’agit pas d’ouvrir le marché sans garanties. Il faut une concurrence saine, juste, et économiquement soutenable. « Le consommateur comorien mérite un marché télécom dynamique, accessible et de qualité. Cela passe par des réformes structurelles, puis une ouverture maîtrisée du secteur », confie-t-il. Le message est clair : la modernisation du secteur télécom passe par la restructuration, avant l’extension. Mais l’idée d’un troisième acteur n’est plus un tabou, elle devient une option stratégique, inscrite dans les grandes ambitions nationales pour les années à venir.

Mohamed Ali Nasra

 

 


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