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des Comores

Témoignages : Deux rescapés se confient sur leur tragédie

Témoignages :  Deux rescapés se confient sur leur tragédie © : HZK-LGDC

Après une tentative de traversée clandestine vers l’Espagne, trente-trois Comoriens ont été interceptés puis abandonnés dans des zones désertiques entre le Maroc et l’Algérie. Deux rescapés racontent leur calvaire, entre peur, abandon et incertitude, tandis que plusieurs de leurs compagnons restent encore portés disparus.


Trente-trois ressortissants comoriens, dont neuf femmes et vingt-quatre hommes, ont tenté de rejoindre l’Espagne depuis le Maroc à bord d’un kwasa-kwasa. Leur embarcation a été interceptée en mer avant d’atteindre les côtes européennes. « Après l’interception, ils nous ont emmenés et placés en garde à vue. On ne nous expliquait rien. Puis quelques jours plus tard, ils nous ont relâchés et déposés dans le désert, entre le Maroc et l’Algérie », raconte Karim H. Comme lui, plusieurs migrants décrivent un enchaînement d’événements marqué par l’incertitude. Certains ont été séparés du groupe, d’autres déplacés sans savoir où ils étaient conduits.

Le bilan humain reste préoccupant. À l’en croire, « parmi les neuf femmes, quatre seraient actuellement libres au Maroc, une en Algérie, deux en détention au Maroc, tandis que deux restent introuvables. Du côté des hommes, quatre seraient libres au Maroc, six en Algérie, sept en prison au Maroc, un blessé aurait été transféré dans un hôpital dont la localisation reste inconnue, et six sont toujours portés disparus. Au total, huit personnes dont deux femmes et six hommes demeurent sans nouvelles à ce jour », confie-t-il. Les témoignages font également état de conditions alarmantes après l’interception. Certains migrants évoquent des transferts dans des véhicules sans destination connue. Par ailleurs, une personne blessée aurait été admise dans un hôpital, sans que ses proches ne puissent en identifier la localisation. À ce jour, aucune information n’a permis de confirmer son état de santé.

Au total, neuf Comoriens seraient actuellement détenus dans une prison marocaine, tandis que plusieurs autres resteraient livrés à eux-mêmes dans des zones désertiques à la frontière algéro-marocaine. Face à cette situation, la solidarité s’organise difficilement. Des Comoriens présents au Maroc tentent de collecter des fonds pour retrouver les disparus. Ils affirment avoir sollicité l’ambassade et le consulat des Comores, qui auraient indiqué ne pas disposer de moyens financiers pour intervenir. Contactée par nos soins, Salima E., également rescapée de cette traversée, confirme cette version des faits.

« Cela fait déjà deux semaines depuis que cette catastrophe a eu lieu. Après notre interception, nous avons été placés en garde à vue, puis relâchés. Ensuite, on nous a abandonnés entre le désert algérien et marocain », raconte-t-elle. Elle poursuit : « Nous sommes allés voir le consulat et l’ambassade pour expliquer ce qui s’était passé, mais il n’y a jamais eu de suite. On nous dit simplement qu’il n’y a pas de fonds. Certains d’entre nous ont dû se débrouiller seuls pour revenir au Maroc. Nos compatriotes ont mobilisé des voitures, et chacun a dû payer environ 100 000 francs comoriens, soit près de 200 euros. » Malgré ces efforts, de nombreuses zones d’ombre persistent. « Certains sont en Algérie, d’autres encore dans le désert, et nous n’avons aucune nouvelle d’eux », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, la situation continue d’inquiéter profondément la communauté comorienne au Maroc ainsi que les familles restées au pays. Entre absence d’informations, dispersion des migrants et manque de moyens pour organiser les recherches, l’angoisse demeure entière. Ce drame met en lumière les risques extrêmes auxquels s’exposent les migrants clandestins, mais aussi les limites des dispositifs d’assistance après leur interception. Pour les familles, l’attente se poursuit, suspendues à l’espoir de retrouver leurs proches.

Mohamed Ali Nasra

 


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