Une femme enceinte en état d'anémie sévère trouve la mort 24 heures plus tard après que son mari lui a refusé d’être transfusé. Ce dernier l’aurait menacé de divorce d’après le médecin qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette histoire sordide.
Un médecin de l’hôpital de Mbeni s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour dénoncer une tragédie, qui a eu lieu l’année dernière. S’il a décidé d’en parler aujourd’hui, c’est parce que le mari allait se remarier. Dans son récit, il parle d’une femme enceinte victime d’une anémie sévère qui a refusé de recevoir une transfusion sanguine au risque d’une « divorce ». Le médecin a essayé d’expliquer au mari sans succès. « J'essaie de le convaincre en vain. Je retourne expliquer à la femme des conséquences en cas de refus de prise en charge et essayer de la convaincre pour sauver sa vie et que c'est sa décision qui compte et non la décision de son mari, car c'est sa vie qui est en danger. Malgré tout, elle a refusé par peur de son mari car il la menace de divorcer si elle accepte la transfusion. Ne pouvant rien faire, et contre l'avis médical, ils ont décidé de rentrer chez eux. Le lendemain, on m'informe que la femme est décédée. Maintenant, le mari cherche une nouvelle femme », explique dans sa page Facebook le Dr Ben Djabir Mbae Hamidou.
Cette histoire a suscité beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux. Quelques heures après, la ministre de la santé parle dans un tweet d’un témoignage glaçant qui doit nous interpeller tous. « Ce genre de drame doit interpeller plus d’un. Jamais une telle injustice. La femme doit savoir dire non aux caprices d’ancien temps de son époux », interpelle Loub Yakouti Attoumane.
Cette triste histoire a touché tout le monde au point de vue sanitaire, éducatif et religieux. Joint par nos soins, le directeur du Muftorat Said Abdallah explique que la femme musulmane doit toujours consulter son mari pour les décisions et lui témoigner respect. Cependant, le respect a ses limites surtout si sa vie est en danger. « Nul n’a le droit d’obéir un humain pour faire le péché. Si le pronostic de la femme est engagé, cette dernière ne doit pas obéir à son mari au détriment de sa vie. L’islam n’a pas interdit la transfusion sanguine si cela est une nécessité pour la sauvegarde de la vie humaine », insiste-t-il.
Du point de vue médical, le docteur Chamsoudine Mohamed explique que le patient peut choisir le praticien et l’hôpital de son choix si ce dernier n’est pas un danger public. « Le médecin de son côté a la responsabilité de l’avertir du danger qu’il encourt. Avant de laisser partir, la déontologie veut que le patient signe une décharge de responsabilité et le praticien doit aviser le procureur en cas d’ouverture d’une enquête », explique-t-il.
Selon Me Moudjahid Abdoulbastoi, le code de la santé a consacré le principe du libre consentement du patient au traitement médical. L’article 611 pose au médecin l'obligation de respecter la volonté du patient, au même titre que son obligation d'informer ce dernier des conséquences de ses choix. « Aucun acte médical ni traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé du patient ou de l'un de ses parents, si le patient est mineur. Le patient est libre de refuser ou d'interrompre un traitement, même si cela met en danger sa vie…. la loi comorienne autorise le médecin à accomplir, sans le consentement, des actes indispensables à sa survie et proportionnés à son état », précise le code de la santé. Selon toujours le juriste, les mots clés sont « survie » et « proportionné ». « Pour finir, sur la base des éléments avancés par le Dr Ben Djabir dans son post, on peut engager la responsabilité pénale du mari pour abus de faiblesse. Par contre, la responsabilité du médecin ne peut être retenue s'il prouve qu'il a mis tous les moyens à sa disposition pour convaincre la dame », précise-t-il.
La voix révoltante de la militante des droits de l’homme Amina Ali, parle de non assistante à personne en danger et le procureur doit s’autosaisir de cette affaire. « L’on ne peut pas faire porter le chapeau au médecin car ce dernier ne peut nullement sauver une vie si son patient n’est pas d’accord. Par rapport à la société comorienne, on nous répète qu’il faut obéir à son mari et c’est encore mal. Pour ceux qui disent que c’est un suicide, une femme enceinte est vulnérable et le mari a une responsabilité dans la mort de sa femme. Le procureur doit s’autosaisir sur cette affaire », lance-t-elle.
Andjouza Abouheir
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