Ce mardi 13 octobre à Moroni, la directrice régionale de l'UNFPA pour l'Afrique de l'Est et Australe a lancé un atelier inédit visant à intégrer d'urgence la santé sexuelle, reproductive et le genre au cœur des politiques climatiques du pays. Bien plus qu'un simple rendez-vous technique sur la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), document clé soumis en mars dernier à la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), cet événement co-organisé par les ministères de l'environnement, de l'information puis de la promotion du genre et l'UNFPA innove par sa transversalité. Il rassemble un public varié, composé entre autres de climatologues, de sages-femmes, d’agents de la sécurité civile, de jeunes activistes et planificateurs budgétaires, tous unis pour faire front commun face aux crises environnementales.
L’ambition partagée est de rompre avec une vision purement technique du climat, souvent réduite à une gestion d'infrastructures. Aux Comores, le dérèglement climatique devient une crise majeure de santé publique. Les interventions officielles ont donné le ton. James T. Bot, Coordonnateur résident des Nations Unies, a rappelé une réalité brute : « Les effets ne touchent pas tout le monde de la même façon, les femmes et les enfants sont les plus touchés ». Aux Comores, à peu près 67% des femmes vivent de l'agriculture vivrière. Face aux dérèglements climatiques, ce sont elles qui marchent plus loin pour l'eau, subissent les pertes agricoles et sacrifient la scolarité de leurs filles. Fatima Ahamada, Ministre de la Promotion du Genre, de la Solidarité et de l'Information, a défendu cette approche humaine. Pour elle, la transition écologique est un projet de société : « Il ne peut y avoir de justice climatique sans égalité des genres, de résilience durable sans respect des droits humains, ni de développement inclusif sans la participation des femmes. » Elle insiste sur un point : les femmes ne doivent plus être considérées comme de simples bénéficiaires passives, mais comme les actrices clés des futures politiques environnementales.
Lydia Zigomo, directrice régionale de l’UNFPA, a quant à elle haussé le ton dans un discours sans concession : « La réalité de l'impact climatique en Union des Comores ne peut plus être ignorée ni lue à travers le seul prisme de la croissance économique. Cyclones, hausse du niveau de la mer et pluies erratiques menacent le bien-être humain. Le cyclone Kenneth a bouleversé la vie de 40% de la population et détruit 14% de l'économie, rayant de la carte écoles et centres de santé. » Et pour cause, le défi dépasse largement les dégâts matériels. Les inondations propagent les maladies hydriques et bloquent l'accès à l'eau potable. Les coupures d'électricité paralysent les hôpitaux. Dès lors, la continuité des soins obstétricaux, la planification familiale et la prise en charge des violences basées sur le genre s'effondrent. Avec un taux de mortalité maternelle de 179 décès pour 100 000 naissances en 2023 et une prévalence contraceptive moderne à seulement 8,6% en 2022, chaque maternité inondée met des vies en péril. Les adolescentes, premières victimes des grossesses précoces, se retrouvent alors poussées vers le décrochage scolaire.
Pour corriger ces failles dans la CDN 3.0 et le Plan National d'Adaptation, les groupes de travail s'arment du guide « Avenirs résilients » de l'UNFPA. L'atelier prévoit de former 60 acteurs insulaires et d'accoucher d'un plan d'action budgétisé. L'enjeu est désormais pratique. Il s'agit par exemple de garantir qu'à la prochaine catastrophe, une femme puisse malgré tout accoucher dignement à Anjouan, qu'une adolescente à Mohéli échappe au mariage forcé et que les alertes de la Sécurité civile protègent enfin celles restées au foyer.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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