Les violences basées sur le genre prennent une ampleur inquiétante aux Comores. Selon la plus récente enquête d’Afrobarometer, dont le communiqué date du 25 septembre dernier, sept Comoriens sur dix estiment que ces violences ont augmenté au cours de l’année écoulée. Une réalité qui alarme la société civile et ravive le débat sur le rôle de la police et de la justice dans la protection des femmes et des filles.
L’étude, menée en juin dernier, par Comores Finances Consulting (Co.Fin.Co) pour le compte d’Afrobarometer, révèle un sentiment généralisé de dégradation du climat social et familial. Les violences conjugales, les agressions sexuelles sur mineurs et le harcèlement public apparaissent comme des problèmes récurrents dans la vie quotidienne. « Les Comoriens reconnaissent que la violence conjugale et les agressions sexuelles demeurent des phénomènes présents dans la vie quotidienne », nous dit frobarometer. Près de 28% des personnes interrogées déclarent que les maris battent leurs épouses « souvent » ou « toujours », tandis que 19% affirment que les femmes frappent leurs maris à la même fréquence.
Les insultes (agression verbale) dans le couple restent également monnaie courante : 39% des répondants estiment que les femmes insultent régulièrement leurs conjoints, et 33% disent la même chose des hommes. Ces données traduisent une banalisation des violences domestiques, souvent ancrées dans les habitudes culturelles et le manque de sensibilisation aux droits humains. Les enfants ne sont pas épargnés. 41% des Comoriens affirment que les agressions sexuelles contre les mineurs se produisent « souvent » ou « toujours » dans leur communauté. L’école, censée être un lieu de protection, devient parfois un espace de vulnérabilité. Près de quatre répondants sur dix (37%) estiment que les élèves et étudiantes subissent du harcèlement ou de la discrimination, tandis que 27% des personnes interrogées affirment que les femmes sont régulièrement victimes de harcèlement sexuel en public, dans les rues ou les transports.
Malgré cette situation, six Comoriens sur dix pensent que les plaintes pour harcèlement ou discrimination sont généralement prises au sérieux. Mais cette confiance s’accompagne d’une exigence : 82% des citoyens estiment que la police et les tribunaux doivent faire davantage pour protéger les femmes et les filles. « La population exprime une attente forte vis-à-vis de l’État pour garantir la sécurité et la dignité des femmes », note Afrobarometer. Ces résultats résonnent comme un signal d’alarme pour les autorités. Associations, éducateurs et acteurs religieux appellent à renforcer la prévention, la sensibilisation et la réponse judiciaire face aux violences faites aux femmes. Afrobarometer, qui enquête depuis 1999 sur la perception des citoyens africains, estime que cette édition 2025 offre une photographie précieuse de la réalité comorienne, marquée par une prise de conscience croissante mais des réponses encore insuffisantes.
Mohamed Ali Nasra
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