La cellule d'écoute de Ngazidja a enregistré 103 cas de violences sexuelles entre janvier et juin 2026, selon sa directrice, Nassabya Ibouroi. Ce bilan, qui ne concerne que les victimes prises en charge par cette structure, illustre l'ampleur d'un phénomène encore largement sous-déclaré aux Comores, faute de statistiques nationales consolidées.
Sur l'île de Ngazidja, la cellule d'écoute a recensé 103 cas au cours du premier semestre 2026. Ces données ne couvrent toutefois qu'une partie de la réalité, puisqu'elles concernent uniquement les personnes ayant sollicité les services de la structure. « Sur l'île de Ngazidja, entre janvier et juin 2026, près de 103 cas ont été enregistrés par la cellule d'écoute », a indiqué Nassabya Ibouroi. Elle précise néanmoins que ce chiffre reste une estimation de l'ampleur du phénomène, en l'absence d'un système national de collecte de données consolidées. La cellule d'écoute accueille les victimes, les informe sur leurs droits et les oriente vers les services de santé, l'accompagnement psychosocial ainsi que les autorités judiciaires lorsque celles-ci souhaitent engager des poursuites. Les données qu'elle compile reflètent donc uniquement son activité et non l'ensemble des cas survenus dans le pays.
Du côté des praticiens du droit, les constats diffèrent selon le volume et la nature des dossiers traités. Me Djamal El-Dine Bacar estime qu'une trentaine d'affaires de violences sexuelles sont portées devant la justice chaque année à Ngazidja. « Je ne saurais le dire avec exactitude, mais je pense que, sur Ngazidja, on est dans une trentaine de dossiers par an », explique-t-il, tout en reconnaissant l'absence de statistiques officielles partagées entre les juridictions et les structures d'accompagnement. Pour sa part, Me Yahaya Mohamed Djamil, avocat stagiaire au barreau de Moroni, souligne la place prépondérante de ce type d'affaires dans son activité. Selon lui, près de 90% des dossiers qu'il traite concernent des agressions sexuelles. Cette proportion reflète la spécialisation ou le profil de sa clientèle et ne constitue pas une statistique représentative de l'ensemble des affaires judiciaires.
Les différents chiffres disponibles décrivent ainsi des réalités complémentaires plutôt que contradictoires. Les données de la cellule d'écoute concernent les victimes accompagnées, tandis que celles évoquées par les avocats portent uniquement sur les dossiers suivis dans leurs cabinets respectifs. Les acteurs de terrain rappellent que les violences sexuelles demeurent largement sous-déclarées. La peur des représailles, la honte, les pressions familiales, la stigmatisation sociale ou encore la méconnaissance des recours disponibles empêchent de nombreuses victimes de saisir les structures compétentes ou la justice. Pour répondre à ces difficultés, la cellule d'écoute met l'accent sur un accueil confidentiel, une écoute bienveillante et une orientation rapide vers les services médicaux, psychologiques et judiciaires. L'objectif est de garantir une prise en charge adaptée tout en respectant le choix des victimes quant à la suite des démarches.
À travers ses permanences quotidiennes, la structure rappelle qu'un accompagnement gratuit et confidentiel est accessible à toute personne victime de violences sexuelles. Souvent, souligne-t-elle, la première étape consiste simplement à être écoutée dans un cadre sécurisé. Si les 103 cas enregistrés en six mois ne reflètent pas l'ensemble de la situation à Ngazidja, ils témoignent néanmoins d'un phénomène préoccupant qui mobilise fortement les structures d'accompagnement et les professionnels du droit. Ils rappellent également l'importance de renforcer les dispositifs de prévention, de protection des victimes et de production de statistiques nationales fiables afin de mieux orienter les politiques publiques.
El-Aniou Fatima
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