La Gazette

des Comores

Ylang-ylang : Une campagne de sensibilisation pour relancer la filière

Ylang-ylang :  Une campagne de sensibilisation pour relancer la filière © : HZK-LGDC

Ce mercredi 23 juillet, le ministère de l’Agriculture, à travers l’Office comorien des produits de rente (OCPR), a lancé une campagne de sensibilisation inédite pour professionnaliser la cueillette de “l’or vert” comorien. Face à des dizaines de cueilleuses vêtues de salouvas colorés, le nouveau directeur de l’OCPR, Anlym Alyane, a ouvert la rencontre d’un ton solennel : « L’ylang-ylang n’est pas qu’une fleur. C’est notre héritage et le moteur de nos villages. »


Pour la première fois, des kits de travail normalisés ont été distribués grâce au projet Afidev-Comores : 80 paires de gant, 30 bottes, 25 combinaisons, 30 bâches, 10 brouettes, 10 balances et 40 paniers. Ces équipements visent à limiter les pertes post-récolte et à garantir une meilleure qualité sanitaire, indispensable pour séduire les grandes maisons de parfum. Au nom des femmes de la filière, Fatouma Abdallah a salué cette avancée tout en appelant à une meilleure reconnaissance de leur travail : « Vous nous donnez les outils ; donnez-nous aussi un prix qui valorise notre savoir-faire », a-t-elle lancé sous les applaudissements. Elle a également plaidé pour une Indication géographique protégée (IGP), qui permettrait d’assurer la traçabilité et d’augmenter les revenus des producteurs.

Bien que l’ylang-ylang représente encore près de 10% des recettes d’exportation des Comores, la filière souffre. En cinq ans, les volumes exportés ont chuté de 15%, concurrencés par Madagascar et les Philippines. Qualité irrégulière, volatilité des prix et accès limité au financement continuent de fragiliser les producteurs locaux. Le directeur du Centre rural de développement économique (CRDE) de Cembenoi, partenaire technique de l’opération, a tiré la sonnette d’alarme : « Au-delà de la fleur, c’est toute l’agriculture de rente qui est en difficulté. » Il rappelle notamment que dans cette même région, dix tonnes de vanille restent invendues, stockées depuis des mois dans les greniers.

Conscient des défis, Anlym Alyane a exhorté les acteurs de la filière à se regrouper : « Seul, l’accès au marché est un mur ; ensemble, c’est une porte ouverte. » Il a annoncé la création prochaine d’un guichet unique pour faciliter la certification et l’accès au crédit, ainsi qu’une révision des prix avant la prochaine saison : « Chaque kilo de fleurs doit refléter la valeur réelle de la sueur des cueilleuses », a assuré un conseiller technique du ministère. L’inscription de l’ylang-ylang comorien dans les registres internationaux de l’IGP permettrait de protéger ce parfum aussi emblématique que la vanille bourbon, tout en soutenant la transition écologique. Dans les prochains mois, des formations sur la traçabilité numérique et la distillation à faible consommation énergétique sont prévues. Si les financements suivent, les premières fermes pilotes certifiées pourraient voir le jour dès 2026.

Pour les femmes de la filière, l’urgence est claire : « Donnez-nous une filière stable et nous offrirons au monde les meilleures essences », promet Fatouma Abdallah. Avec cette campagne, les Comores espèrent transformer un savoir-faire ancestral en modèle économique durable, afin que l’ylang-ylang continue non seulement à parfumer, mais aussi à nourrir les générations futures.

 

Mohamed Ali Nasra

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.