La Gazette

des Comores

Youssouf Ismaël « Le quotidien des détenus n’a rien de comparable avec celui des personnes libres »

Youssouf Ismaël « Le quotidien des détenus n’a rien de comparable avec celui des personnes libres » © : HZK-LGDC

Dans une interview accordée à la Gazette des Comores, le Délégué en charge des droits de l’homme au niveau national Youssouf Ismaël a fait le point sur les reproches faites au gouvernement par rapport aux droits des personnes détenues et sur la liberté de manifester et de s’exprimer au niveau du pays. Interview.


Question : Des voix s’élèvent pour accuser le gouvernement d’asphyxier les droits de l’homme en Union des Comores, notamment la liberté d’expression, de manifestation et autres. En tant que Délégué aux droits de l’homme quelle est votre approche par rapport à des telles allégations ?

Youssouf Ismaël : Il est évident que tout gouvernement veille à la stabilité et à la sécurité de ses citoyens, d’ailleurs ces prérogatives sont stipulées dans notre constitution. L’État n’est pas une personne morale de droit public. Il est non seulement le garant de la sécurité de ses citoyens mais également de l’ordre public. L’Etat est tout à la fois le dépositaire de la souveraineté, l’instrument du pouvoir politique et le porte-parole de l’intérêt général. Un Etat édicte les règles de droit. Ces sont des informations mal interprétées, le droit de manifester est un droit fondamental garantie par notre constitution, mais au-delà, le gouvernement se réserve le droit de juger le bon du mal, le bien ou le danger, la sécurité ou l’insécurité. Donc tout acte jugé déstabilisateur, subversif ou non conforme à notre constitution, l’Etat a le pouvoir de prendre les mesures qui s’imposent pour la stabilité de notre pays. On peut citer la tenue dans la capitale de la manifestation contre la propagande du mariage de même sexe. Pour la liberté d’expression, Seul le Président Azali Assoumani un dirigeant en exercice à être accusé par l’opposition de haute trahison, d’un crime contre l’humanité. Et heureusement personne n’était inquiété, c’est à la Cour suprême de rendre son verdict. Et j’en profite pour rendre hommage au Président de l’Union des Comores pour son sens du leadership et sa volonté de respecter ses engagements envers la communauté internationale. 

Question : Des organisations internationales, la société civile et des prisonniers tirent la sonnette d’alarme sur des conditions de détention invivables dans les maisons d’arrêt et la surpopulation carcérale. Que répondez-vous à ces reproches ?

Y.I. : Il est normal que le quotidien d’un détenu ne soit jamais comparable à celui de ceuxqui sont libres de leurs mouvements. Par contre, le ministre de la justice Djaé Ahamada Chanfi a pris conscience de ces difficultés et a honoré ses engagements pour atteindre la conformité avec les normes internationales sur les conditions de détention dans les 3 maisons d’arrêt de l’archipel. L’inauguration récente des nouveaux quartiers pour femmes et mineurs témoignent de la bonne volonté du gouvernement comorien à répondre favorablement à ces soucis et c’est la première fois dans notre pays. Les conditions sanitaires ont été significativement améliorées par la mise en place d’un dispositif de santé qui consiste en des visites permanentes d’un médecin. Les conditions de couchage ont connu une amélioration par la distribution de 450 lits et matelas, les toilettes dans les maisons d’arrêt répondent aux besoins humains. Il est question d’un entretien rigoureux dans les prisons. La prison de Mohéli est équipée de deux réservoirs d’eau supplémentaires. Quant à la surpopulation carcérale, cette question a trouvé un début de solution par le désengorgement des maisons d’arrêt en faveur des détenus ayant purgé plus de la moitié de leur peine, hormis les criminels de sang et les agresseurs sexuels.

Question : En tant que Délégué des droits de l’homme, aviez-vous la certitude que la CNDHL joue son rôle en matière de gardien en faveur de la population en termes de protection des droits de l’homme ?

Y.I. : La CNDHL est une structure indépendante, et robuste en termes de défense des droits humains. Selon ces principes, la CNDHL a entre autre comme tâche de faire connaître les droits de l’homme et la lutte contre toutes les formes de discrimination, notamment la discrimination raciale, pousser le gouvernement à respecter les droits humains en sensibilisant l’opinion publique notamment par l’information et l’enseignement. Je suis convaincu que la CNDHL joue son rôle de défense de droits et assiste les personnes dont les droits ont été violés.

Question : Les Comores font partie des Pays qui ont ratifié la charte internationale des droits de l’homme, Comment définir les droits de l'homme en général et dans le contexte dans notre pays en particulière ?

Y.I. : Il n’y pas de définition générale ou particulière pour les droits humains. Les droits de l'homme c’est une charte universelle qui reconnait et protège la dignité de tout être humain. Ils régissent la façon dont nous vivons en société, les uns avec les autres, ainsi que la relation qui lie les citoyens aux gouvernements et les obligations des gouvernements envers le peuple. Aux Comores malheureusement, nous avons tendance à lier les droits de l’homme uniquement aux détenus, au droit de rassemblements, aux fake news et aux insultes dans les réseaux sociaux. Ce qui est profondément dommage.

Propos recueillis par Kamal Gamal

 


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