La Gazette

des Comores

S.A. Allaouiyat, présidente de l’association Faina : « La libération de ces agresseurs sexuels est immorale »

S.A. Allaouiyat, présidente de l’association Faina : « La libération de ces agresseurs sexuels est immorale » © : HZK-LGDC

La libération la semaine dernière d’une soixantaine de prisonniers dont des agresseurs sexuels ne laisse personne indiffèrent. Les associations de lutte contre les violences faites aux enfants, au premier rang desquelles l’Association Faina, du nom de cette fillette de 5 ans violée puis assassinée l’année dernière, s’empare du sujet. Dans un entretien avec La Gazette des Comores, sa présidente Saïd Abdallah Allaouiyat n’y va pas d’une main morte : la libération de ces agresseurs sexuels « porte un coup fatal à notre cause ». Carrément.


Question : Mercredi dernier, des agresseurs sexuels faisaient partie d’une soixantaine de détenus ayant bénéficié d’une mesure exceptionnelle d’aménagement de peine. Ils sont donc libérés de prison. Comment l’association Faina dont vous êtes la présidente, a-t-elle accueilli cette nouvelle ?

 

Saïd Abdallah Allaouiyat : L’association Faina existe depuis bientôt un an, depuis le décès de la petite Faina RAHIM précédé d’un viol. Donc, pour ce qui est des détenus libérés dont faisaient partie des agresseurs sexuels, nous ne connaissons pas leurs dossiers. Pour cela nous souhaiterons discuter avec l’ensemble des associations qui luttent pour la même cause, pour qu’ensemble nous vérifiions cette information avant d’entamer des démarches pour que ces  agresseurs  sexuels puissent retourner en prison.

 

Question : Dans La Gazette des Comores du vendredi, le procureur général près de la Cour d’appel de Moroni a reconnu avoir libéré non pas des violeurs mais des « agresseurs ». S’il est vrai que sur ce point précis le procureur n’a pas violé les consignes de la hiérarchie notamment le ministre de la justice qui a fait une exception sur les personnes accusées de « viol », ce choix d’inclure des agresseurs sexuels sur la liste des détenus éligibles vous parait-il admissible sur le plan moral ?

 

SAA : Si cette information s’avère réelle, dans ce cas, la libération de ces violeurs ou agresseurs sexuels est immorale et porte un coup fatal à notre cause, nous qui essayons de protéger les enfants.  

 

Question : Avez-vous engagé des actions pour que ces agresseurs sexuels retournent en taule purger le restant de leurs peines ?

 

SAA : Comme je l’ai expliqué sur la première question, l’association Faina aimerait voir l’union des associations qui militent pour cette cause, discuter ensemble et bien vérifier l’information, avant d’entamer les démarches de les faire retourner en prison, et si et seulement si des violeurs et agresseurs sexuels sont libérés.

 

Question : Votre association est née après le viol suivi d’assassinat de Faina en mai 2021 pour lutter, à juste titre, contre les violences faites aux enfants. Qu’est-ce que vous comptez apporter de plus sachant que vous n’êtes pas seuls à être préoccupés par ce sujet ?

 

SAA : Nous comptons comme nous le faisons d’ailleurs depuis 9 mois sur le territoire comorien, apporter le suivi  et procurer des aides financières, psychologiques, sanitaires et éducatives. Parmi nos projets, nous avons le parrainage des enfants victimes de viols sexuels, l’école de la deuxième chance mais également, la prévention contre les violences sexuelles. Une sensibilisation a commencé  à ce sujet dans le Mboinkou (Chezani) et le Oichili (Itsinkoudi) pour travailler avec les villes et villages avec des accords de partenariat en créant des comités qui vont rester intermédiaires entre l’association Faina en France ( AFF) et les villes et villages dans l’ensemble de l’Union des Comores.

 

Question : Vos collègues qui sont sur le terrain depuis des lustres accusent la justice de laxisme, voire de complaisance dans le traitement des dossiers relatifs aux agressions sexuelles. Et vous, quel constat faites-vous ?

 

SAA : l’AFF n’est pas là pour accuser ni juger. Nous avons engagé un professionnel qui travaille avec nous depuis longtemps et qui défend nos dossiers une fois à la justice. Association Faina demande tout simplement à la justice de mettre en priorité les dossiers de violences et agressions sexuelles et que les calendriers des procès soient respectés ou de donner des explications une fois qu’un procès est ajourné.  

 

Propos recueillis par Andjouza Abouheir

 

 


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